Première année du CTO de mon fils : une performance qu’on espère revoir

Retour sur douze mois d’investissement pour un enfant, entre timing désastreux et résultats inattendus.

Quand j’ai ouvert un Compte-Titres Ordinaire pour mon fils début 2025 (c’était prévu initialement en 2024, mais les nombreux déboires de Fortuneo auront fait qu’il aura été ouvert chez Bourse Direct en 2025), je ne m’attendais pas à vivre une telle année. Une plus-value latente à cinq chiffres en moins de 10 mois, des performances qui dépassent mon propre portefeuille boursier, et pourtant un démarrage qui aurait pu décourager n’importe quel investisseur.

Un timing catastrophique

Le premier don de grand-parent est arrivé sur le compte quelques jours seulement avant le tristement célèbre “Liberation Day” du 2 avril. Pour ceux qui auraient oublié, ce jour a marqué l’annonce des tarifs douaniers massifs par Donald Trump, provoquant une chute brutale des marchés mondiaux.

Autant dire que les premières semaines ont été difficiles à regarder. Le portefeuille affichait un rouge vif, et la tentation de tout remettre en question était forte. Mais c’est précisément dans ces moments qu’il faut se rappeler pourquoi on investit à long terme pour un enfant.

Les décisions qui ont fait la différence

Avec le recul, plusieurs choix d’investissement se sont révélés particulièrement judicieux.

Alphabet (Google) – Achat à la rentrée de septembre, puis renforcement à la sortie de Gemini 3.0. Ma conviction : Google était en train de rattraper, voire dépasser OpenAI dans la course à l’IA. Pourquoi ? Deux avantages stratégiques majeurs que peu d’acteurs peuvent égaler : des réserves de cash colossales et ses propres processeurs (les TPU), qui lui donnent une indépendance rare dans un secteur où la puissance de calcul est le nerf de la guerre. Cette thèse s’est pour l’instant révélée payante.

Les métaux précieux et industriels – Le renforcement sur l’or s’est avéré judicieux, porté par les incertitudes géopolitiques persistantes. Les positions sur le cuivre et l’argent ont également contribué positivement, ces métaux bénéficiant des perspectives liées à la transition énergétique et à l’électrification massive de nos économies.

Ces lignes représentent aujourd’hui l’essentiel de la plus-value.

Un virage vers la “Qualité” pour l’ETF monde

J’ai également fait évoluer la stratégie sur l’exposition mondiale. Exit l’ETF MSCI World classique, place à l’IWQU : l’iShares MSCI World Quality Factor.

Quelle différence ? Cet ETF ne se contente pas de répliquer l’ensemble des grandes capitalisations mondiales. Il applique un filtre “qualité” basé sur trois critères fondamentaux :

  1. Rentabilité élevée des fonds propres (ROE) – L’entreprise génère des profits conséquents par rapport à ses capitaux
  2. Faible endettement – Un bilan solide, moins vulnérable aux hausses de taux
  3. Croissance stable des bénéfices – Pas de montagnes russes, mais une progression régulière

En clair, cet ETF privilégie les entreprises financièrement solides, capables de traverser les tempêtes. Pour un portefeuille destiné à un enfant, sur un horizon de 10 à 15 ans, ce filtre “qualité” me semble pertinent. Le TER reste raisonnable à 0,25% par an.

Deux déceptions “bon père de famille”

Ironie du sort : les deux lignes en négatif sont celles qu’on qualifierait volontiers de valeurs sûres.

Air Liquide, le champion français des gaz industriels, affiche la plus grosse moins-value du portefeuille avec -15%. Comme quoi, même les aristocrates du CAC40 peuvent traverser des zones de turbulences sérieuses. Le titre reste une conviction de long terme, mais cette contre-performance rappelle qu’aucune valeur n’est à l’abri.

Berkshire Hathaway, le véhicule de Warren Buffett lui-même, est également dans le rouge. La holding a souffert de sa prudence excessive cette année, avec une montagne de cash qui n’a pas été déployée au meilleur moment.

Ces contre-performances sont plus que compensées par les gains sur le reste du portefeuille, parfois à +80%. Elles rappellent néanmoins que même les valeurs les plus “sages” ne garantissent rien à court terme.

Quand le fils dépasse le père

Je dois l’avouer avec un mélange de fierté et d’humilité : les plus-values 2025 du portefeuille de mon fils dépassent les miennes.

Comment l’expliquer ? Probablement parce que c’est le compte sur lequel je porte le plus d’attention. Pas de bruit émotionnel lié à mes propres besoins à court terme. Une vision claire et un horizon lointain. Et peut-être aussi un peu de chance dans le timing de certains achats.

Une année qu’on espère revoir

Soyons honnêtes : on ne crache pas sur une première année à cinq chiffres de plus-value. Et contrairement à ce qu’on lit parfois, je n’ai aucune envie de faire preuve de fausse modestie. Bien sûr qu’on espère revoir de telles performances.

Mais on sait aussi que ce ne sera pas tous les ans. Les marchés auront leurs années de vaches maigres, leurs krachs, leurs corrections. Ce qui compte pour la suite :

  • La régularité des versements
  • La diversification intelligente
  • Le temps passé investi plutôt qu’à essayer de timer le marché
  • Et surtout : ne pas paniquer quand les lignes passent au rouge

Mon fils lira probablement cet article dans cinq ou dix ans. J’espère qu’à ce moment-là, il comprendra pourquoi son père a pris ces décisions. Que les bonnes années auront été plus nombreuses que les mauvaises. Et que la magie des intérêts composés aura fait son œuvre.

En attendant, on continue. Et on espère que 2026 sera du même acabit.