Et si la France était en décroissance depuis 2008, sans que personne ne vous le dise ? Pas besoin de convoquer Jean-Marc Jancovici, les chiffres officiels de l’INSEE et du Ministère des Finances révèlent une réalité que nos dirigeants préfèrent taire : depuis la crise des subprimes, chaque euro de croissance du PIB coûte plus d’un euro de dette supplémentaire. L’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI, est l’un des rares à démontrer cette équation fatale, graphiques et chiffres officiels à l’appui.
Le ratio qui change tout : dette émise vs PIB créé
Pour comprendre si un pays s’enrichit réellement, il ne suffit pas de regarder la croissance du PIB. Il faut comparer la richesse créée à la dette contractée pour la produire. Si vous empruntez 100€ pour générer 80€ de revenus supplémentaires, vous vous appauvrissez, même si votre revenu augmente.
C’est exactement ce qui se passe en France depuis 2008.
Appliquons ce raisonnement aux données officielles :
| Période | Président | Dette ajoutée | PIB créé | Ratio €dette/€PIB |
|---|---|---|---|---|
| 2007-2012 | Nicolas Sarkozy | +645 Md€ | +136 Md€ | 4,74€ |
| 2012-2017 | François Hollande | +358 Md€ | +211 Md€ | 1,70€ |
| 2017-2022 | Emmanuel Macron I | +674 Md€ | +342 Md€ | 1,97€ |
| 2022-2024 | Emmanuel Macron II | +350 Md€ | +278 Md€ | 1,26€ |
| 2007-2024 | TOTAL | +2 027 Md€ | +967 Md€ | 2,10€ |
Sources : INSEE, Horloge de la dette publique, Ministère de l’Économie
Ce que ces chiffres signifient concrètement
Depuis 2007, la France a emprunté 2 027 milliards d’euros pour créer seulement 967 milliards de richesse supplémentaire.
Autrement dit : pour chaque euro de PIB gagné, l’État a dû emprunter 2,10€. C’est comme si vous empruntiez 210€ à la banque pour gagner 100€ de salaire en plus. Vous seriez ruiné en quelques années. C’est exactement ce qui arrive à la France.
Le ratio le plus catastrophique reste celui du quinquennat Sarkozy (4,74€ de dette par euro de PIB), marqué par la crise de 2008-2009. Mais même en période “normale”, sous Hollande ou Macron, le ratio n’est jamais descendu sous 1. La France n’a jamais réussi à créer plus de richesse qu’elle ne s’endettait depuis 17 ans.
Marc Touati : le lanceur d’alerte ignoré
L’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI et auteur de plusieurs best-sellers économiques dont RESET II, est l’un des rares à marteler cette réalité avec des graphiques et des données officielles.
Dans ses analyses récentes, il démontre que :
- Entre 2020 et le 3ᵉ trimestre 2024, la dette publique française a augmenté de 915 milliards d’euros, tandis que le PIB en valeur n’a progressé que de 469 milliards — un écart de 446 milliards
- Depuis 2017, la dette a augmenté de 1 160 milliards d’euros pour seulement 715 milliards de PIB supplémentaire
- La croissance française, une fois retraitée de l’inflation et du déficit public primaire, place le pays en quasi-récession permanente depuis 2017, date d’arrivée au pouvoir du président actuel.
Comme il l’expliquait récemment dans Le Journal des Entreprises : “Notre dette publique ne finance pas une croissance forte comme aux États-Unis. C’est un scandale d’État !”
L’évolution de la dette par mandature
| Mandature | Dette début | Dette fin | % du PIB début | % du PIB fin |
|---|---|---|---|---|
| Sarkozy (2007-2012) | 1 278 Md€ | 1 923 Md€ | 64,5% | 90,2% |
| Hollande (2012-2017) | 1 923 Md€ | 2 281 Md€ | 90,2% | 98,4% |
| Macron I (2017-2022) | 2 281 Md€ | 2 955 Md€ | 98,4% | 111,9% |
| Macron II (2022-2024) | 2 955 Md€ | 3 305 Md€ | 111,9% | 113,2% |
| Nov. 2025 | 3 416 Md€ | 115,6% du PIB | ||
Sources : INSEE, Eurostat, FIPECO
Pourquoi 2008 marque le point de bascule
Avant 2008, la dette française oscillait autour de 64-65% du PIB, un niveau certes élevé mais stable. La crise des subprimes a tout changé :
- 2007 : dette à 64,5% du PIB (dernier point d’équilibre relatif)
- 2009 : bond à 83% du PIB en seulement 2 ans
- 2012 : franchissement des 90%
- 2017 : dépassement des 98%
- 2020 : explosion à 115% avec le Covid et le “quoi qu’il en coûte”
- 2025 : 115,6% et toujours en hausse
La France n’a jamais retrouvé sa trajectoire d’avant-crise. Chaque “reprise” a été financée par encore plus de dette, créant l’illusion d’une croissance qui n’existe plus réellement.
La France, cancre de l’Europe
Pendant que la France s’enfonce, ses voisins redressent la barre :
| Pays | Dette 2019 | Dette 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| France | 97,9% | 113,2% | +15,3 pts |
| Allemagne | 59,6% | 62,5% | +2,9 pts |
| Pays-Bas | 48,5% | 43,3% | -5,2 pts |
| Portugal | 116,6% | 96,8% | -19,8 pts |
| Zone euro (moyenne) | 83,8% | 87,4% | +3,6 pts |
Source : Eurostat, FIPECO
La France affiche la pire progression de dette de la zone euro depuis 2019 (+15,3 points contre +3,6 en moyenne). Elle est désormais le 3ᵉ pays le plus endetté de l’UE, derrière la Grèce (153,6%) et l’Italie (135,3%).
Les conséquences concrètes pour les Français
Cette décroissance masquée a des effets bien réels :
1. La charge de la dette explose
- 2024 : 58 milliards d’euros d’intérêts
- 2025 : 67 milliards prévus
- 2026 : 74 milliards anticipés
C’est désormais le premier poste de dépenses de l’État, devant l’Éducation nationale et la Défense.
2. Les taux d’intérêt s’envolent
Les taux français sont passés de 0,6% en 2017 à 3,5% aujourd’hui. Fait inédit : ils ont récemment dépassé ceux de l’Italie et ne sont plus qu’à un point des taux grecs.
3. Les notes se dégradent
- Standard & Poor’s : de AAA (2012) à AA- (2024)
- Fitch : dégradation à A+ en septembre 2025
4. Les faillites d’entreprises explosent
+24% de faillites par rapport à 2017. Si l’on exclut les micro-entreprises, la hausse atteint +100%.
Ce que vous pouvez faire en tant que père de famille investisseur
Face à cette réalité, la stratégie patrimoniale doit s’adapter :
1. Diversifiez géographiquement
Un patrimoine 100% français est un pari risqué. Les actions internationales, l’immobilier à l’étranger ou les ETF monde permettent de réduire l’exposition au risque France.
2. Méfiez-vous de la dette souveraine française
Les fonds euros des assurances-vie sont majoritairement investis en obligations d’État françaises. Une dégradation supplémentaire de la note pourrait impacter leur rendement et leur sécurité.
3. Privilégiez les actifs tangibles
L’immobilier (de préférence hors zones tendues et hors France métropolitaine), l’or, les actifs productifs résistent mieux à l’érosion monétaire que les placements purement financiers.
4. Anticipez la fiscalité
Un État surendetté finit toujours par augmenter les impôts. Les enveloppes fiscales (PEA, assurance-vie) et la transmission anticipée du patrimoine deviennent cruciales.
5. Gardez de la liquidité
En période d’incertitude, la capacité à saisir des opportunités (ou à faire face à un choc) vaut plus qu’un rendement marginal.
Conclusion : ouvrir les yeux pour mieux agir
La France est en décroissance nette depuis 2008. Les chiffres sont implacables : 2,10€ de dette pour 1€ de PIB créé en 17 ans. Ce n’est pas une opinion politique, c’est une réalité mathématique que Marc Touati et quelques autres économistes courageux dénoncent depuis des années.
Cette vérité n’est pas partagée dans les médias mainstream pour une raison simple : elle remet en cause le récit officiel de la “croissance” et la légitimité de tous les gouvernements depuis 2008, droite et gauche confondues.
En tant que père de famille, votre responsabilité est de protéger votre patrimoine et celui de vos enfants face à cette réalité. Cela commence par regarder les chiffres en face, et adapter votre stratégie en conséquence.
La vraie croissance, c’est créer plus de richesse qu’on ne s’endette. La France ne sait plus le faire depuis 17 ans.
Sources : INSEE, Eurostat, FIPECO, Horloge de la dette publique, Ministère de l’Économie, analyses de Marc Touati (ACDEFI), Cour des comptes, OFCE.
