Les banques et assureurs savent toucher la corde sensible lorsqu’il s’agit de vendre un produit financier. L’une des stratégies les plus courantes consiste à mettre en avant la prévoyance, c’est-à-dire la protection financière de votre famille en cas d’accident de la vie. Mais trop souvent, au lieu de vous proposer une véritable assurance prévoyance, ils tentent de vous vendre une assurance-vie, un produit qui n’a pas du tout le même objectif et qui est grevé de frais.
Ce qu’offre une vraie assurance prévoyance
En tant que père solo, si je venais à décéder, mon fils bénéficierait d’un capital immédiat grâce à mon contrat de prévoyance Alan, basé sur mon salaire au SMIC. Voici ce qu’il toucherait :
- Un capital de décès de 160 140 €, versé dès mon décès.
- Un capital supplémentaire de 19 086 € en tant qu’enfant à charge.
- Une rente éducation de 11 304 € par an jusqu’à ses 18 ans.
- Une rente de 14 130 € par an de 18 à 21 ans (26 ans s’il poursuit ses études).
Ce dispositif est clair et efficace : il garantit une stabilité financière pour mon fils jusqu’à son indépendance.
Comment les banques et assureurs manipulent l’émotion pour vendre un mauvais produit
Plutôt que de proposer une véritable assurance prévoyance, les conseillers bancaires et assureurs essaient souvent de vendre une assurance-vie. Le discours est rodé : « Il faut préparer l’avenir de vos enfants. » Ce qu’ils omettent de dire, c’est qu’une assurance-vie ne répond pas à ce besoin immédiat. Une assurance-vie ne permet pas de protéger ses proches d’un décès prématuré, mais est avant tout un outil de transmission de patrimoine et d’épargne à long terme.
Cette semaine encore, une employée d’un courtier local (ex-conseillère dans la banque désormais dans l’assurance car elle ne supportait pas les pressions à la signature de produits inadaptés dans la banque – sic) m’a tenu ce discours en me demandant : « Et s’il vous arrivait quelque chose ? » avant d’essayer de me vendre une assurance-vie, présentée comme une solution de prévoyance. C’est une récupération émotionnelle typique, qui vise à susciter l’angoisse pour pousser à la signature d’un contrat inadapté.
L’illusion des avantages fiscaux et la réalité des frais
Dans la majorité des cas, il n’y a aucun intérêt financier à ouvrir une assurance-vie, si ce n’est juste avant 70 ans pour bénéficier des conditions fiscales avantageuses de transmission. Mais si l’on ouvre une assurance-vie trop tôt, les frais de gestion détruisent largement la rentabilité.
Prenons l’exemple de Linxea Avenir Gestion Libre, souvent citée comme la meilleure assurance-vie actuelle. Même en optant pour un ETF S&P 500 à 0,05% de frais, l’assureur prélève 0,78% de frais de gestion annuels.
Impact des frais sur 30 000 € placés à 47 ans jusqu’à 69 ans
Comparons l’évolution d’un capital de 30 000 € placés à 6% de rendement annuel brut avec :
- Un ETF S&P 500 seul (0,05% de frais)
- Le même ETF dans une assurance-vie avec 0,78% de frais de gestion
- Le même ETF dans un PEA avec 0,20% de frais de gestion
Résultats
- Capital final avec ETF seul : 106 990 €
- Capital final avec assurance-vie : 91 893 €
- Capital final avec PEA : 103 706 €
- Manque à gagner par rapport à l’ETF seul :
- Assurance-vie : 15 096 €
- PEA : 3 284 €
- Par rapport au PEA, l’assurance-vie fait perdre 29 000 €
Gain net après impôts à 69 ans
- ETF seul (CTO) : 53 892 €
- Assurance-vie : 44 705 €
- PEA (après prélèvements sociaux) : 61 029 €
L’assurance-vie fait perdre de 9 000 € (par rapport à un CTO) à 17 000 € (par rapport à un PEA, après prélèvements sociaux). Le PEA se révèle bien plus intéressant fiscalement tout en limitant les frais. Vous pouvez toujours mettre le gain de votre ETF dans une assurance-vie à 69 ans pour bénéficier des bienfaits successoraux.
Conclusion
L’assurance-vie est un produit financier qui peut avoir un intérêt dans des cas bien particuliers (transmission optimisée après 70 ans), mais elle ne doit jamais être confondue avec une assurance prévoyance. Les banques et assureurs jouent sur l’émotion pour vous vendre un produit plus rentable pour eux que pour vous. La réalité est simple : un bon ETF bien choisi dans un compte-titre ou un PEA fera souvent mieux, avec moins de frais et plus de liberté.