Onpeutrienfaire : quand élus, nommés et entreprises publiques sont les premiers responsables du déclin français. Un exemple “en région”.

En 2026, la Chine exporte plus de véhicules qu’elle n’en importe. Elle a passé son pic de consommation d’énergies fossiles. Le paiement mobile y est généralisé depuis une décennie. La 5G couvre ses zones rurales. La fibre, on n’en parle même plus, c’est réglé depuis plus de 10 ans.

Beaucoup de Français commencent à constater, petit à petit, avec ses véhicules plus confortables que les véhicules allemands haut de gamme, que la Chine n’est pas le “pays en développement” qu’on nous vend depuis la petite enfance à l’école, ou dans la propagande médiatique qui nous fait encore croire qu’elle n’aurait pas la sécurité sociale (qui fonctionne tellement bien chez nous), elle. Comme ils commencent à constater que l’énergie est massivement importée de “pays en développement” qui sont devenus bien plus riches que nous grâce à l’inaction de nos gouvernants plus préoccupés par leur prochaine élection. C’est un pays moderne, dans lequel les technologies du quotidien d’il y a 10 ans ne sont toujours pas déployées dans notre pays soi-disant “développé”, dans lequel les 8000 meilleurs mathématiciens sont meilleurs que notre top 10 Polytechnique. Comparez le système scolaire chinois au nôtre. Comparez leur système sanitaire au nôtre. Pas ce qu’en disent nos médias. Ce qu’en disent les chiffres. Les temps d’attente pour se faire soigner par exemple pour les anciens, dans un pays pourtant plus exposé aux problèmes démographiques que le nôtre.

La France n’a plus grand-chose d’un pays développé. Elle a à peu près tout d’un pays en déclin. Et pour le constater, pas besoin d’aller en Chine. Il suffit de vivre dans n’importe quelle région française.

La page qu’on voit le plus souvent sur les services numériques d’Etat, quand par exemple on cherche des services à la personne éligibles (ouais, comprenez CERFAs, déclarations, normes, régulations, chèque emploi service parce qu’on peut pas les payer normalement, etc) pour s’occuper de nos anciens, la suivante, encore à l’heure d’écrire cet article. Les responsables ? Aucun. “OnPeutRienFaireCestLInformatique” voyez-vous. #CestPasGagnéPourLaStartUpNatioNiLaSouverainetéSiOnNePeutDejaPasSOccuperDeNosAnciens


Dans les autres pays, un problème comme celui-ci est traité urgemment pas les services publics. Ailleurs, on résout le problème avant de faire une réunion quotidienne. Ici, on ne change pas le rythme quotidien des réunions inutiles pour ça. “Onpeutrienfaire”, on verra après, s’il y a trop de gens à nous importuner physiquement ou au téléphone sur le sujet. Ou on fera passer ça pour de l’incompétence numérique des usagers. “Nous mettons tout en oeuvre” mais bon, quand même c’est le week-end ce soir.

Un ex-maire sonne à ma porte

Il y a quelques jours, un ancien maire de ma commune est venu sonner chez moi. Pas pour prendre le café. Pour me faire signer une pétition.

Une pétition. Un ex-représentant local qui a fait partie de “la mécanique”. En 2026. Parce que c’est le seul levier qu’il reste quand tous les canaux institutionnels normaux ont échoué.

Le sujet : l’inaction totale du maire actuel (comme des prédecesseurs), de la communauté de communes (non élue mais qui détient le “pouvoir local”) et d’Orange face à une couverture mobile qui n’existe que sur le papier, les “cartes de couverture mobile au doigt mouillé”. L’ancien maire n’est pas un râleur du dimanche. C’est quelqu’un qui a exercé la fonction (avant le développement du mobile), qui connaît les interlocuteurs, les procédures, les délais. Si il en est réduit à faire du porte-à-porte avec une pétition, c’est que tout le reste a échoué.

Et quand je dis “tout le reste”, ce n’est pas une figure de style.

Contacter Orange quand Orange ne marche pas

Cet ancien élu n’a pas de réception mobile chez lui. Il n’en a jamais eu. Zéro barre. Pas “une barre de temps en temps quand le vent souffle du sud, dehors par pleine lune”. Zéro.

Je le crois, j’ai une dizaine d’appareils mobiles de toutes les gammes (y compris Apple, iPhone Pro, 5G, à 4 chiffres), non loin de chez lui, installé une antenne 4G individuelle sur mon toit pour compenser l’inaction publique. Je le crois plus qu’un service clients de n’importe quel opérateur essayé lors de mon installation, qui m’aura répondu “ce sont vos murs”, puis quand je dis que c’est aussi le cas dans le jardin, “c’est votre téléphone, tout est ok sur la carte et pis c’est tout”, pour vite se débarrasser de moi, à une époque où on avait encore un humain à (vaguement) nous répondre.

Il a la fibre. Enfin, il a un abonnement fibre. Quand ça fonctionne. Parce que quand la fibre coupe, et elle coupe parce que l’installation n’a pas du tout été faite comme ça avait été signé lors de l’accord Orange-élus, devinez comment il doit contacter Orange son fournisseur “premium, public, historique” pour signaler la panne.

La réponse est tellement absurde qu’elle résume à elle seule l’état du pays : il va chez un voisin. Qui a un Starlink. Le Starlink d’Elon Musk. Parce qu’en zone blanche considérée officiellement comme ayant une “très bonne réception”, c’est le satellite d’un milliardaire américain qui permet de joindre l’opérateur historique français pour lui dire que son réseau ne marche pas. Il a eu un bot. Et l’incapacité de trouver la bonne combinaison numérique pour avoir un humain.

Il m’en a parlé pendant 10 bonnes minutes. Il en avait gros sur le coeur. “C’est le progrès”

Un technicien Orange est-il venu sur le terrain dans les 10 dernières années, ne serait-ce que 5 minutes, pour vérifier la réalité de cette fameuse couverture ? Non. Une application mobile pour remonter les problèmes in situ à l’ARCEP ? Oui. Je l’ai installée et fait les retours. Comme tout formulaire destinée à une institution publique, il ne sert que de décoration. Quel chiffre d’affaires engrangé pendant ces 10 années sur le village par Orange ? A raison de plus de 1000 Euros par prise, une quizaine de foyers, sans compter les abonnements, pas mal je pense. De quoi payer un technicien à 25 Euros de l’heure certainement.

Des commerciaux, par contre, il en est venu. Des commerciaux qui débarquent à 2 (!) tels des témoins de Jehovah pour vous vendre un forfait fibre+mobile avec leur discours rodé : “vous payez un peu plus cher, mais nous avons un meilleur service que les autres opérateurs”. Des commerciaux qui, entre deux portes, se plaignent eux-mêmes de ne pas pouvoir regarder YouTube ou TikTok parce que le réseau ne tient pas. Ils le savent. Ils vendent quand même. Discours tellement bien affûté qu’une ex salariée PTT/France Telecom/Orange désormais retraitée de la commune d’à côté a lâché Free qui marchait pour passer à Orange quand ils lui ont dit que c’était “la seule solution pour avoir la fibre” (sic). Devinez quoi, la Freebox était déjà compatible fibre, pas besoin d’en changer. Et leur SAV répondra avec des bots qui ne comprennent rien à rien. Comme les autres. Pour économiser de l’argent, faire 8 milliards de bénéfice plutôt que 7,95 ? (et verser plus de participation en fin d’année, d’abondement sur le PEE pour que les syndicats ferment leur… ?). Le surcoût est-il par conséquent la rémunération de ces 2 commerciaux qui font du porte à porte pour nous vendre du rêve ?

Orange envoie ses commerciaux avant que la concurrence n’ait le temps de dégainer. Normal : la collusion Orange-élus dans la région a permis à Orange d’être le seul responsable du déploiement de la fibre. Seul responsable, donc aucune concurrence, donc aucune pression, donc aucune urgence. Le déploiement est fait par des sous-traitants de sous-traitants qui eux font le taf, pas juste se disent “responsables”, payés à 2 chiffres par prise quand elle est vendue à la collectivité plus de 1000 Euros. Avec nos contributions. Et le comble, ces sous-traitants, pendant qu’ils déployaient la fibre dans le Nord du département, habitaient le village. En zone blanche. Ils vivaient au quotidien ce que le commanditaire du commanditaire de leur employeur était censé résoudre, et personne n’a trouvé utile de commencer par là. On y a vu des camions-nacelles passer et re-passer, à défaut de voir la réception mobile s’améliorer.

FR-Alert, c’est pour les autres

Le lendemain de la visite de l’ancien maire, alerte sanitaire. Les eaux sont polluées aux hydrocarbures. Un truc sérieux, le genre d’information qui doit atteindre tout le monde, y compris et surtout les anciens du village qui ne sortent pas de chez eux.

Comment pensez-vous que la communauté de communes a eu l’idée de prévenir les habitants ? FR-Alert, le système national conçu exactement pour ça ? Que nenni. Les fonctionnaires de la ComCom n’ont visiblement pas été formés pour utiliser le service fait pour ça. Ou alors ils doivent eux-mêmes naviguer dans tellement de strates administratives pour y accéder que c’est plus simple de ne pas essayer.

Ce qu’ils ont fait à la place : des appels sur téléphones mobiles. Dans un village sans réception mobile. À des anciens qui ne sortent pas de chez eux.

Sans doute automatisés via une société privée, “qu’un fonctionnaire, nommé ou élu connaît bien” (lol), payée à prix d’or comme le sont les ronds-points ou ralentisseurs inutiles. De l’argent public dépensé pour un service qui, structurellement, ne peut pas fonctionner dans la zone qu’il est censé couvrir. Personne autour de la table ne s’est posé la question. Ou personne n’a osé la poser.

Le syndrome Jean-Claude

On a tous un Jean-Claude dans notre entourage. Un manager totalement dispensable, totalement remplaçable, mais qui s’enorgueillit d’avoir X personnes “sous sa responsabilité”. Ce qui est cocasse quand on parle d’organismes où personne n’est jamais responsable de rien.

Jean-Claude croit peut-être que son entourage en a quelque chose à faire de son titre et de “ses” effectifs (il n’a jamais été capable d’entreprendre donc ce ne sont pas les “siens”). Hormis le statut de (quasi)fonctionnaire à vie et la paie qui permet lui permet de garer un SUV plus gros que celui du voisin, pas vraiment. Je préfèrerais avoir une voiturette électrique et le téléphone fonctionnel qu’un SUV 2 tonnes thermique Mercedes et ne pas recevoir les appels de l’école quand mon fils est malade (comme la veille de l’écriture de cet article).

Le problème n’est pas Jean-Claude en tant que personne. Le problème c’est que le système entier est conçu pour produire des Jean-Claude. Des gens dont la carrière progresse par le nombre de subordonnés, pas par les résultats livrés. Des gens qui inaugurent, qui communiquent, qui “pilotent des projets”, mais qui ne rendent jamais de comptes sur ce qui sort en bout de chaîne.

Quand le service ne marche pas, Jean-Claude dit : “onpeutrienfaire, c’est le prestataire”. Le prestataire dit : “onpeutrienfaire, c’est le planning”. Le maire dit : “onpeutrienfaire, c’est dans la responsabilité de la ComCom”. La comCom dit “onpeutrienfaire, c’est Orange”. Le responsable de Jean-Claude chez Orange dit : “onpeutrienfaire, c’est entre le contrat cadre local et l’Arcep”. La boucle est fermée. Personne n’est responsable. Tous les “responsables” sont rémunérés pour leur bon travail d'”onpeutrienfairisme”. L’usager n’est qu’un râleur qui devrait plutôt se contenter de payer et voter.

8 milliards et des panneaux publicitaires

Orange dégage environ 8 milliards d’euros de résultat opérationnel par an. Les collectivités locales ont des budgets. En tout cas, dans le village, avec les prélèvements sur éoliennes, elles l’ont par le simple fait de la taxation sur les richesses produites par … du vent.

L’argent n’est pas le problème.

Le problème, c’est les priorités.

Orange a payé des affichages publicitaires dans la région pour s’autocongratuler du déploiement “terminé” de la fibre. Avec des retards qui se comptent en années (même pas mentionnés en petites lignes sur la communication, étonnamment). Dans un pays développé. La faute au covid, à l’Ukraine, même si tout cela avait copmmencé bien avant, vous connaissez la chanson, c’est un hit dans tous les “cercles de (in)décision”. Mais “ça passe” comme dit l’autre plus facilement que de dire que c’est parce qu’on sous-traite avec des sous-traitants qui prennent des intérimaires formés sur le tas et qui doivent déjà s’estimer heureux de ne pas pointer à Pole Emploi (ce que ne risque aucun des interlocuteurs cités ici, malgré leur faible utilité sociale). Sans qu’aucun concurrent n’ait pu exercer la moindre pression puisque le marché était verrouillé. Des panneaux payés avec notre argent, celui des abonnements et surtout de nos impôts, taxes foncières & consorts, pour célébrer un travail mal fait, en retard, sur un réseau que les propres commerciaux d’Orange savent défaillant.

C’est exactement le même réflexe que les inaugurations de ronds-points. La communication remplace le service. L’affichage remplace le résultat. Le budget com chaîne youtube/instagram/whatever GAFAM qui nous traquent dans nos habitudes de consommation passe, le budget technicien local humain qui résout les problèmes réels de base non.

Même votre service de récupération des poubelles a son magazine et son Instagram. Chouette !

Ce que veut vraiment le citoyen (pour ceux qui l’ont oublié)

Ce que voudrait cet ancien représentant local de notre État, comme tout citoyen d’ailleurs, c’est simple. Ce n’est pas compliqué. Ce n’est pas cher. Ce n’est pas révolutionnaire.

C’est que tous ces gens “responsables” qui ne savent répondre que “onpeutrienfaire” arrêtent de s’autocongratuler et se bougent pour assurer le minimum du minimum. Un réseau qui fonctionne. Une alerte sanitaire qui arrive. Une école qui peut contacter les parents quand leur enfant est malade. 1 technicien qui vérifie en 5 minutes ce que 2 commerciaux peuvent passer 20 minutes à vous vendre.

En 2026. Dans un pays qui se dit développé.

La Chine a réglé ces problèmes il y a plus d’une décennie. Eux n’ont pas eu besoin d’une pétition. Mais ce n’est pas une démocratie dit-on. Aucun éborgné, aucun(e) ancien(ne) mort par LBD, pourtant.