Ou comment transformer l’IFI en arme d’autodestruction financière massive
Il fallait oser. Dans un élan créatif digne des Shadoks, l’Assemblée nationale vient d’adopter un amendement transformant l’IFI en “impôt sur la fortune improductive”. La nouveauté ? Les fonds euros de l’assurance-vie, jugés “improductifs”, entrent désormais dans l’assiette de cet impôt rebaptisé.
Arrêtons-nous un instant sur ce tour de force intellectuel.
Je vous l’avais bien dit
J’avais déjà démontré dans cet article que l’assurance-vie était avant tout un excellent placement… pour les banquiers. Comme l’explique brillamment Cayas, dans 9 cas sur 10, ce produit profite davantage aux établissements financiers qu’aux épargnants :
Aujourd’hui, l’État vient ajouter une couche supplémentaire à cette arnaque : non content de laisser les banques se gaver sur le dos des épargnants, il veut maintenant taxer ces mêmes fonds qui financent pourtant sa dette abyssale. C’est le pompon sur la cerise du gâteau empoisonné.
Le serpent qui se mord la queue
La France croule sous 3 416,3 milliards d’euros de dette publique, soit 115,6% du PIB. Cette dette abyssale qui croît de 5 000 euros par seconde doit bien être financée par quelqu’un.
Et qui la finance massivement ? Les fonds euros de l’assurance-vie, pardi ! Les compagnies d’assurance détiennent environ 350 milliards d’euros d’obligations d’État françaises, soit près de 10% de la dette publique. Contrairement aux idées reçues, seulement 23,5% des placements de l’assurance-vie sont en obligations souveraines, le reste finançant les entreprises à hauteur de 63,8%.
Mais voilà le génie de nos députés : ils qualifient ces mêmes fonds d'”improductifs” alors qu’ils permettent littéralement à l’État de continuer à fonctionner en finançant ses déficits chroniques.
La double peine pour l’épargnant
Analysons froidement la mécanique :
- L’État emprunte via ses obligations (OAT) à des taux moyens de 3,16% en 2025
- Les fonds euros achètent ces obligations et les transforment en rendement pour les épargnants
- Les épargnants touchent un rendement moyen de 2,6% (déjà rogné par la différence)
- L’État taxe maintenant ces mêmes fonds comme “improductifs”
C’est un peu comme si votre banquier vous facturait des frais supplémentaires parce que vous lui prêtez de l’argent. Génial, non ?
Les “improductifs” qui financent 58 milliards d’intérêts
La charge budgétaire de la dette est prévue à 52 milliards d’euros pour 2025, devenant ainsi le deuxième poste de dépenses de l’État après l’Éducation nationale. Ces intérêts sont payés… grâce aux prêteurs que sont les détenteurs de fonds euros.
Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, souligne l’absurdité : “les fonds euros financent l’économie productive ; il est donc très étonnant de les retrouver dans un amendement sur la fortune improductive”.
La fuite programmée des capitaux
Cette mesure pourrait avoir des conséquences désastreuses : si les épargnants délaissent les fonds euros, les assureurs devront revoir leur allocation d’actifs, réduisant le financement domestique de la dette française et augmentant la dépendance aux investisseurs étrangers.
Imaginez la scène : l’État français, déjà dégradé par Fitch à A+ (perte historique du double A), devra aller mendier à l’étranger pour financer sa dette à des taux potentiellement plus élevés, parce qu’il aura fait fuir ses propres prêteurs domestiques en les taxant.
Le rendement espéré : 4 milliards… pour faire fuir 2 000 milliards ?
Selon les députés socialistes, ce nouvel IFI pourrait rapporter jusqu’à 4 milliards d’euros contre 2,2 milliards en 2024. Mettons cela en perspective : on risque de déstabiliser 2 000 milliards d’euros d’encours d’assurance-vie pour gratter 2 milliards supplémentaires.
C’est comme scier la branche sur laquelle on est assis pour récupérer les fruits qui y poussent.
L’alliance improbable qui révèle tout
L’amendement a été adopté grâce à une alliance entre PS, RN et MoDem, contre l’avis du gouvernement. Quand l’extrême droite et la gauche s’allient pour taxer l’épargne prudente des Français, on touche au sublime de l’incohérence politique.
Un député macroniste a d’ailleurs accusé : “Il y a eu une alliance entre le RN, les socialistes et le MoDem pour rétablir l’ISF, en taxant l’épargne des Français via les assurances-vie”.
La morale de cette fable
Cette histoire illustre parfaitement la déconnexion de nos élites avec la réalité économique. Dans leur quête éperdue de recettes fiscales pour combler un déficit de 139 milliards d’euros, ils sont prêts à dynamiter les fondements mêmes du financement de l’État.
Comme le résume parfaitement le Cercle des Épargnants : “L’État impose une taxe… sur sa propre dette”.
On a déjà vu l’État français faire preuve de créativité fiscale, mais taxer ceux qui lui permettent de survivre financièrement, c’est un niveau de génie qu’on n’avait pas encore atteint.
Post-scriptum : L’amendement n’est pas encore définitivement adopté et doit passer au Sénat. Espérons que quelques sénateurs aient encore un peu de bon sens économique. Mais ne rêvons pas trop : en France, quand il s’agit de taxer l’épargne, l’imagination est sans limite.
