Claude Opus 4.6 annoncé: le 24 novembre 2025 a été le premier jour du reste de ta vie de travailleur devant un écran sans que tu ne le saches

Et le 4 février 2026, le monde a enfin compris. Le 5 Claude Opus 4.6 sort, mais c’est la version précédente qui a tout fait basculé. Pour tout le monde.

Il y a des dates qui ne font pas la une des journaux le jour même, mais qui redéfinissent silencieusement l’économie. Le 24 novembre 2025 était l’une d’elles. Le 4 février 2026 — qu’on appelle déjà la “SaaSpocalypse” — en est une autre. Entre les deux : 72 jours pendant lesquels le marché du travail intellectuel a basculé, et où la majorité des concernés n’ont rien vu venir.

24 novembre 2025 : le jour où le “collègue” numérique (30 à 300 fois moins cher) est devenu meilleur que toi

Ce jour-là, Anthropic a lancé Claude Opus 4.5 et mis à jour Claude Code. Sur le papier, un énième modèle d’IA. En pratique, un séisme pour quiconque travaille devant un écran.

Ce qu’Opus 4.5 a démontré dès sa sortie : lors d’un examen d’embauche technique d’Anthropic — le même que passent les ingénieurs humains (payés à plus de 300K là-bas) — le modèle a obtenu un score supérieur à celui de tout candidat humain ayant jamais passé le test, dans le temps imparti de deux heures. Premier modèle à dépasser les 80% sur SWE-bench Verified, la référence en ingénierie logicielle. Un développeur l’a utilisé pour recréer un clone de Minecraft fonctionnel en 3 500 lignes de code du premier coup.

Nathan Lambert, chercheur en IA, a résumé l’expérience ainsi : utiliser Claude Code avec Opus 4.5, c’est comme être sous caféine toute la journée de travail. Simon Willison, développeur reconnu, a produit une version alpha complète de son outil sqlite-utils : 20 commits, 39 fichiers modifiés, 2 022 lignes ajoutées et 1 173 supprimées en deux jours, avec Opus 4.5 qui a fait l’essentiel du travail.

Depuis, Google a annoncé produire une majorité de son code… avec l’outil concurrent de son Gemini.

Pour la première fois, un agent logiciel à ~100€/mois pouvait produire, en continu, 24h/24, 7j/7, un travail de qualité professionnelle supérieure à celle de la majorité des développeurs humains.

Mais le 24 novembre, presque personne en dehors des cercles tech n’a compris ce que ça signifiait.

Les quatre tribus face à l’IA

Depuis deux ans, j’observe quatre catégories de personnes face à la transformation IA du marché du travail :

1. “On savait pas”: Les ignorants sincères. Ceux qui ne suivent pas la tech, ne lisent pas les blogs spécialisés, et pour qui ChatGPT reste “ce truc qui écrit des dissertations pour les étudiants”. Jusqu’à récemment, c’était la majorité silencieuse. Ils ne regardent pas les benchmarks, ne testent pas les outils, et continuent leur métier comme si le monde n’avait pas changé. On ne peut pas leur en vouloir : personne ne les a informés clairement.

2. “On vit dans le déni”: Les autruches volontaires. Eux savent ou du moins, ils ont vu passer l’information. Mais c’est tellement inconfortable qu’ils préfèrent détourner le regard. “Ça ne remplacera jamais un vrai professionnel.” “L’IA fait des erreurs.” “C’est juste un outil.” Le déni est un mécanisme de survie psychologique, pas un plan de carrière. Ces gens-là citent les hallucinations de GPT-3.5 en 2023 pour justifier de ne rien changer en 2026. Ils n’ont pas rouvert un outil d’IA depuis.

3. “On sait, mais on le dit pas”: Les cyniques calculateurs. C’est le groupe le plus intéressant, et le plus dangereux pour les autres. Consultants, managers, cadres intermédiaires, formateurs : ils ont parfaitement compris que l’IA allait transformer leur métier. Mais le dire publiquement reviendrait à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Alors ils continuent de vendre des prestations au tarif d’avant, de facturer du temps humain pour du travail qu’ils délèguent déjà partiellement à Claude, et de recommander à leurs clients des process “humains” qu’ils savent obsolètes. Leur silence n’est pas de l’ignorance. C’est du calcul. Et il a une date d’expiration. Il y a fort à parier que nos dirigeants très occupés à préparer la prochaine élection soient dans ce groupe.

4. “On sait, et on se positionne”: Les réalistes stratèges. Ceux-là ont compris que le modèle mental “un humain = un poste = un salaire” est en train de voler en éclats face à un agent disponible 24/7 à 100€/mois. Ils ne paniquent pas : ils réorganisent. Ils apprennent à orchestrer des agents IA, à se positionner sur la valeur ajoutée réelle: la créativité, le jugement, la relation client, la vision stratégique (et à automatiser tout le reste). Ils investissent dans la compréhension des outils plutôt que dans le perfectionnement de compétences que l’IA maîtrise déjà mieux qu’eux.

4 février 2026 : la SaaSpocalypse

Pendant 72 jours après le lancement d’Opus 4.5, la répartition entre ces quatre tribus est restée relativement stable. Les initiés s’émerveillaient. Les autres vivaient leur vie.

Puis le 3 février, Anthropic a lancé les plugins pour Claude Cowork. Onze modules spécialisés, open-source, couvrant le juridique, la vente, le marketing, la productivité, la recherche d’entreprise, l’analyse de données. La particularité : Cowork n’est pas un outil de développeur. C’est un agent de bureau. Il accède à un dossier sur votre ordinateur, lit vos fichiers, les édite, en crée de nouveaux. Les plugins le transforment en spécialiste de votre métier: juriste, commercial, analyste financier, marketeur.

Il y avait déjà eu les prémisses avec Clawdbot/MoltBot/Openclaw qui révélait déjà la réalité de la super-productivité de “simples agents 24×7” face à n’importe quel humain assis devant son écran, certainement pas que pour le code, même 12 hours par jour (sans distraction tiktokienne)

Ce qui s’est passé ensuite a été d’une brutalité inédite sur les marchés.

285 milliards de dollars de capitalisation boursière évaporés en 48 heures. Thomson Reuters : -16%. LegalZoom : -20%. London Stock Exchange Group : -13%. Le logiciel Disco (juridique) : -12%. En Inde, TCS, Infosys, Wipro et HCL Technologies ont perdu entre 4 et 7% en une seule séance. L’indice S&P North American Software a enregistré sa pire performance mensuelle depuis 2008. Les ETF logiciels américains (IGV, XSW) affichent des baisses de 17 à 20% depuis le début de l’année. Les volumes sur les options de vente ont atteint des records historiques, signe de capitulation institutionnelle, pas de panique de particuliers.

Jeffrey Favuzza, trader chez Jefferies, a baptisé le phénomène : “SaaSpocalypse”, l’apocalypse du Software-as-a-Service. Sa description du marché : du “get me out” ou du “sortez-moi de là” pur et simple.

Sa vision la plus sombre : “le logiciel pourrait devenir le prochain média imprimé ou les prochains grands magasins, en termes de perspectives.”

Ce qui a changé cette semaine

Avant le 4 février, la peur de l’IA restait confinée aux cercles tech et aux early adopters. C’était un sujet de podcast, de newsletter Substack, de fils Twitter entre développeurs. Le grand public professionnel pouvait encore se dire “ça ne me concerne pas”.

Cette semaine, la répartition entre les quatre tribus a changé brutalement :

Les “on savait pas” ont fondu comme neige au soleil. Quand le portefeuille boursier de votre beau-frère plonge de 15%, quand BFM Business titre sur la “SaaSpocalypse”, quand votre DRH commence à parler d’agents IA en comité de direction: difficile de rester dans l’ignorance. Les actions qui s’effondrent, c’est un langage que tout le monde comprend, même ceux qui n’ont jamais ouvert un terminal.

Les “on vit dans le déni” se divisent en deux. Une partie bascule vers la prise de conscience (brutale). L’autre s’enfonce dans un déni plus profond encore : “c’est une bulle”, “les marchés surréagissent”, “ça va se calmer”. Peut-être. Mais la tendance de fond, elle, ne se calme pas.

Les “on sait mais on le dit pas” commencent à sentir le sol se dérober. Quand vos clients lisent dans Bloomberg que le logiciel juridique qu’ils vous paient 50 000€/an peut être remplacé par un plugin à 200€/mois, le silence devient difficile à maintenir. Certains commencent à pivoter. Les plus malins avaient déjà commencé.

Les “on sait et on se positionne” sont en train de prendre une avance potentiellement irrattrapable. Chaque jour qui passe creuse l’écart entre ceux qui orchestrent les agents IA et ceux qui seront remplacés par eux.

Ce que ça signifie concrètement pour toi

Si tu lis bonperedefamille.com, tu t’intéresses à la gestion de ton patrimoine, de ta carrière, de l’avenir financier de ta famille. Voici ce que le 4 février 2026 signifie en termes concrets :

Pour ton emploi : si ton travail consiste principalement à traiter de l’information, rédiger des documents, analyser des données, faire de la recherche, du support client, de la comptabilité, du juridique standard, de la gestion de projet: tu es dans la ligne de mire. Pas dans cinq ans. Maintenant. Un agent IA à 200€/mois qui travaille 24h/24 sans congés, sans charges sociales, sans manager, et qui s’améliore tous les trimestres, c’est le concurrent que personne n’avait prévu dans son plan de carrière.

Pour tes investissements : la SaaSpocalypse n’est pas un accident de marché, c’est une réévaluation structurelle. Le modèle “licence par siège” du SaaS traditionnel est menacé dans ses fondements. Salesforce, ServiceNow, les éditeurs de logiciels métier: tous doivent prouver qu’ils apportent une valeur que l’IA ne peut pas reproduire à une fraction du coût. Certains y arriveront (ceux qui possèdent des “moats” de données propriétaires). Beaucoup n’y arriveront pas. Les plus lucides parmi les investisseurs rachètent du Microsoft et du Nvidia dans la baisse, parce que ces entreprises vendent les pioches de la ruée vers l’or de l’IA.

Pour tes enfants : si tu as des enfants qui s’orientent professionnellement, la question n’est plus “quel métier choisir” mais “quelle compétence sera encore impossible à automatiser dans 5 ans ?” La réponse courte : le jugement humain dans des situations complexes et ambiguës, la créativité authentique, la relation interpersonnelle à forte valeur ajoutée, et la capacité à orchestrer des systèmes d’IA. Tout le reste est en sursis.

Le mot de la fin

Le 24 novembre 2025 a été le premier jour du reste de ta vie de travailleur devant un écran. Le 4 février 2026 a été le jour où le monde entier l’a compris, par la seule voie qui fait réagir tout le monde : le portefeuille.

La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le marché du travail intellectuel. C’est fait. La question est : dans quelle tribu es-tu aujourd’hui, et dans laquelle veux-tu être demain ?

Tu as encore le temps de bouger. Mais ce temps se réduit chaque trimestre.