Après quatre mois de feuilleton parlementaire, trois 49.3 et six motions de censure, la France a enfin son budget 2026. Adopté le 2 février par l’Assemblée nationale, ce texte a des conséquences directes sur votre épargne, vos investissements et votre fiscalité. Décryptage complet.
La CSG sur les revenus du capital : +1,4 point
C’est la mesure la plus impactante pour les épargnants. La loi de financement de la Sécurité sociale a relevé le taux de CSG de 9,2 % à 10,6 % sur certains revenus du capital. Les prélèvements sociaux passent ainsi de 17,2 % à 18,6 %, et la flat tax de 30 % à 31,4 %.
Pour rappel, quand Michel Rocard avait introduit la CSG en 1991, elle était de 1,1 %. On mesure le chemin parcouru.
Concrètement, qui est touché ?
Les dividendes, les plus-values sur titres, les intérêts de livrets bancaires fiscalisés, l’épargne salariale (PEE, PEI, PERCO) et les sorties de PEA ou de PER sont concernés. En clair, si vous détenez un compte-titres ordinaire, un PEA que vous dénouez, ou que vous percevez des dividendes, vous êtes impacté.
Qui est épargné ?
L’assurance vie, les revenus fonciers issus de la location nue, les plus-values immobilières, le livret A, le LDDS et les livrets réglementés restent au taux historique de 17,2 %. Les SCPI dans votre portefeuille immobilier ne sont pas touchées non plus.
Attention à la rétroactivité : pour les revenus du patrimoine (notamment les plus-values mobilières et les loyers LMNP), la hausse s’applique dès les revenus de 2025. Pour les produits de placement, elle s’applique à compter du 1er janvier 2026.
Astuce bon père de famille : si votre taux marginal d’imposition est inférieur à 30 % (tranches à 0 % ou 11 %), vous avez intérêt à désopter de la flat tax. C’est une simple case à cocher sur votre déclaration d’impôt qui peut vous faire économiser significativement. Vérifiez votre TMI sur votre dernier avis d’imposition.
Les mesures qui touchent le quotidien
La taxe colis : une nouvelle taxe de 2 € frappe les petits colis de moins de 150 € en provenance de pays hors Union européenne. On a bien compris que la Chine est la cible principale. Si vous êtes un habitué de Temu, Shein ou AliExpress, vous allez le sentir passer.
Le malus automobile se durcit encore : les seuils baissent et les montants augmentent, aussi bien pour le malus CO2 que pour le malus au poids. C’est devenu un classique des lois de finances : d’année en année, le barème se resserre. Consultez le barème 2026 sur service-public.fr avant tout achat de véhicule.
Le repas à 1 € généralisé pour les étudiants : une mesure positive pour les familles qui financent les études de leurs enfants. Les étudiants — et pas seulement les boursiers — auront accès au repas à 1 € dans les restaurants universitaires.
Ce à quoi nous avons échappé
Plusieurs mesures qui avaient été discutées ont finalement été abandonnées :
L’année blanche passe à la trappe. Le barème de l’impôt sur le revenu est bien revalorisé sur l’inflation. L’idée de geler les barèmes — ce qui revenait à une hausse d’impôt déguisée — a été abandonnée sous la pression parlementaire.
Les retraites sont indexées à 0,9 % dès le 1er janvier. Les prestations sociales également. L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite, un temps menacé, est préservé. 3 millions de ménages verront en outre leur prime d’activité augmenter d’environ 50 € par mois.
Pas de taxe Zucman, pas d’IFI élargi. L’impôt sur la fortune reste limité à l’immobilier (IFI). Mais attention : une taxe de 20 % par an sur les biens somptuaires détenus dans les holdings patrimoniales est instaurée, applicable à partir de 2027. Yachts, jets, œuvres d’art placés en holding sont dans le viseur.
Le pacte Dutreil voit ses conditions de transmission familiale resserrées, un point à surveiller pour les entrepreneurs qui préparent leur succession.
Les taxes “temporaires” devenues permanentes
Un grand classique de la fiscalité française. La CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus), introduite l’an dernier comme “exceptionnelle”, est pérennisée — officiellement jusqu’à ce que le déficit repasse sous les 3 %. Autant dire qu’elle est là pour durer.
Même sort pour la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. La France conserve donc une tranche marginale d’IS à 36 %, la plus élevée de l’OCDE.
La trajectoire d’extinction de la CVAE (contribution sur la valeur ajoutée des entreprises), promise dans la campagne 2022, passe elle aussi à la trappe. Ce n’est pas l’engagement le plus médiatique, mais c’est symptomatique d’un État incapable de tenir sa parole sur la baisse de la pression fiscale.
Le nouveau dispositif logement : décryptage
Plutôt que de créer le statut unique du bailleur privé — qui aurait eu le mérite de simplifier un maquis fiscal devenu illisible — le gouvernement lance un nouveau dispositif de défiscalisation pour l’investissement locatif. Complexifier pour mieux régner ?
Les conditions d’éligibilité :
Il faut acquérir un logement collectif neuf ou ancien à rénover (travaux d’au moins 30 % du coût total du projet). Le dispositif est temporaire : il faut acquérir le bien d’ici 2028. Pas de critère de zonage géographique, ce qui est une arme à double tranchant : par le passé, l’absence de zonage a conduit à des investissements catastrophiques dans des zones sans demande locative. Prudence donc.
L’engagement : louer pendant au moins 9 ans, à un loyer inférieur au marché, avec des plafonds de ressources pour les locataires.
Les avantages fiscaux :
Le dispositif offre la déductibilité des travaux, des intérêts d’emprunt et de la taxe foncière des revenus locatifs. Il prévoit aussi un amortissement fiscal annuel de 3 à 5,5 % selon le type de bien et le niveau de loyer, calculé sur 80 % du prix d’acquisition et plafonné entre 8 000 et 12 000 € par an et par foyer fiscal.
Quand l’amortissement dépasse les revenus locatifs — ce qui sera le cas général vu que les loyers sont plafonnés sous le marché — le surplus est imputable sur vos autres revenus (salaires, pensions).
Le point de vigilance majeur : la question de la réintégration des amortissements dans le calcul de la plus-value à la revente n’est pas tranchée. Si cette réintégration est confirmée, l’avantage fiscal ne serait qu’un simple décalage de trésorerie. Les décrets d’application sont attendus dans les prochaines semaines.
Le déficit : l’éléphant dans la pièce
Sébastien Lecornu présente ce budget comme le point d’inflexion du redressement des finances publiques. Les chiffres racontent une autre histoire.
Le déficit programmé est de 5 % du PIB, soit le pire jamais inscrit dans une loi de finances hors période de pandémie. L’an dernier, le budget visait 4,7 % et avait été dépassé. La dette publique atteindra 118,3 % du PIB fin 2026. Les dépenses publiques augmentent de 38 milliards d’euros, soit +2,2 %, alors que l’inflation sur 12 mois est à 0,3 %.
Le redressement devait reposer à 50 % sur la baisse des dépenses et 50 % sur les recettes. Dans les faits, c’est 75 % de hausse d’impôts et 25 % d’effort sur les dépenses. La copie blanche sur la réduction de la dépense publique est préoccupante pour l’investisseur et le contribuable.
Ce que ça signifie pour un bon père de famille
En résumé, les épargnants et investisseurs doivent retenir trois choses de ce budget 2026 :
L’assurance vie et l’immobilier en location nue sortent gagnants de cette réforme de la CSG. Si vous hésitez entre une enveloppe, ce paramètre fiscal pèse désormais dans la balance.
La flat tax à 31,4 % rend encore plus pertinente la vérification de votre TMI. Pour beaucoup de Français, l’option au barème progressif reste plus avantageuse. Faites vos calculs.
Le nouveau dispositif locatif peut être intéressant, mais attendez les décrets d’application avant de vous engager. Et dans tous les cas, n’achetez jamais un bien uniquement pour la défiscalisation : la qualité de l’emplacement et la demande locative doivent rester vos critères numéro un.
